Etude scientifique & opération de sensibilisation : santé et comportement des conducteurs poids lourds

La Fondation VINCI Autoroutes pour une conduite responsable publie les 1ers résultats d’une étude inédite sur le comportement au volant et la santé des conducteurs de poids lourd. 515 conducteurs de 17 nationalités différentes - dont 50% de Français - ont été interrogés sur plusieurs aires d’autoroutes dans le cadre d’une enquête terrain pilotée conjointement par Patricia Delhomme, Directrice de recherche au Laboratoire de psychologie et d'ergonomie appliquées de l’Université Gustave Eiffel et par Loïc Josseran, Professeur de santé publique, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP). L’objectif des chercheurs et de la Fondation VINCI Autoroutes est de mieux connaître les comportements des conducteurs de poids lourd pour mieux orienter les messages de prévention qui leurs sont destinés, tant pour ce qui concerne leur sécurité et celle des autres usagers sur la route, que leur santé.

Dans cet objectif, une opération de sensibilisation a été organisée ce mardi 1er juin par la Fondation VINCI Autoroutes en partenariat avec la Fondation Carcept Prev sur 3 aires du réseau VINCI Autoroutes. Les conducteurs de poids lourd ont été invités à participer à plusieurs ateliers animés par des spécialistes du sommeil, des nutritionnistes, des sophrologues, des préparateurs sportifs et les ambassadeurs des deux fondations pour les informer sur les risques et leur donner des conseils pratiques pour mieux les prévenir.

Des conducteurs de poids lourd expérimentés …

A l’instar d’autres enquêtes menées auprès de cette catégorie professionnelle, les conducteurs de poids lourd interrogés sont plutôt satisfaits de leur vie professionnelle, estimant que leur métier leur procure un sentiment de liberté et appréciant le caractère indépendant de leur travail. Parmi les principales contraintes de leur activité, sur une échelle allant de 1 « pas du tout » à 5 « tout à fait », ils mentionnent les embouteillages (3,9), la distance par rapport à la famille (3,3 en moyenne mais 2,9 pour l’Europe de l’Ouest, 3,9 pour l’Europe du Sud et 4,1 pour l’Europe de l’Est plus éloignée), le temps d’attente lors des chargements et déchargements (3,1) et l’imprévisibilité de la durée de leur mission (3,0). Par ailleurs pour améliorer leur confort et leur hygiène de vie lors des pauses, ils souhaiteraient pouvoir bénéficier de plus de services sur les aires et avoir la possibilité de mieux sécuriser leur marchandise contre les risques de vols qu’ils considèrent élevés.

Avec une expérience de conduite d’un poids lourd de 22 ans en moyenne, les conducteurs interrogés font largement preuve de confiance en leurs capacités de conduite. Ils s’attribuent ainsi en moyenne, sur une échelle de 1 à 5, une note supérieure à 4 pour gérer les manœuvres sur les parkings ou à quai (4,5), gérer les descentes (4,4), anticiper et gérer les dangers de la route, conserver des distances de sécurité et gérer leur fatigue (4,3).

Contrairement aux idées reçues, la responsabilité présumée des accidents mortels impliquants des poids lourd et des véhicules légers, incombe à 37% aux conducteurs de poids lourd et à 68% aux automobilistes[1]. D’ailleurs, les conducteurs de poids lourd sont 76% à considérer qu’il est probable qu’ils aient un accident avec un véhicule léger. C’est l’insertion entre deux camions qui se suivent qui est la situation à risque la plus fréquemment citée (62%), devant une queue de poisson (54%), un dépassement suivi d’une vitesse réduite devant le poids lourd (41%) et un freinage brusque devant le poids lourd (39%).

 

 … mais qui s’exposent à des risques d’accidents liés au manque d’attention, à la fatigue ou à la somnolence

A l’instar de l’ensemble des conducteurs, dont les comportements au volant sont analysés chaque année par la Fondation VINCI Autoroutes dans le cadre du Baromètre de la conduite responsable[2], les conducteurs de poids lourd sont très connectés et, lorsqu’ils sont au volant, ils ont un usage intensif des outils connectés qui devient une source de distraction importante :

·         83% téléphonent en conduisant avec un système Bluetooth (dont 60% souvent et très souvent) ;

·         67% programment ou règlent la radio ou le GPS en conduisant (dont 16% souvent ou très souvent) ;

·         27% envoient des SMS ou surfent sur internet (dont 4% souvent ou très souvent) ;

·         26% téléphonent sans kit mains-libres (dont 2% à le faire souvent ou très souvent).

 

Signe de ces situations de manque de vigilance, près d’un conducteur de poids lourd sur 2 (49%) déclare avoir roulé sur les bandes rugueuses en bordure des voies au cours de l’année précédant l’enquête, et explique ces franchissements en premier lieu par l’inattention liée à l’usage du téléphone ou du GPS (45%), par la somnolence (2 mais aussi par la volonté de se guider par le bruit lorsqu’ils franchissent des bandes (34%). Ils sont d’ailleurs 82% à estimer que les bandes rugueuses les ont aidés à reprendre une trajectoire normale, et 49% à considérer qu’elles les ont réveillés.

 

Par ailleurs, la difficulté de concentration ou le « vagabondage de l’esprit » (mind wandering) est largement identifié comme source d’accidents ou de presqu’accidents. Ainsi, 22% des conducteurs de poids lourd ayant eu un presqu’accident dans l’année précédant l’enquête expliquent ces évènements par un déficit de concentration (et 16% de ceux qui ont eu un accident dans les trois années précédant l’enquête). La fatigue est mentionnée par 17% des conducteurs ayant eu un presqu’accident (10% de ceux ayant eu un accident dans les 3 ans). La distraction liée au fait de faire autre chose que la conduite est évoquée par 9% des conducteurs ayant eu un presqu’accident (5% de ceux ayant eu un accident dans les 3 ans) et la somnolence par 7% des conducteurs ayant eu un presqu’accident dans l’année (et 4% de ceux ayant eu un accident dans les 3 ans).


Plus globalement, l’étude fait apparaitre que les conducteurs sujets à un déficit de l’attention[3] ou à un risque d’endormissement ont effectivement eu plus d’accidents. (2,5/6 vs. 2,3/6 pour les conducteurs qui n’ont pas de difficultés de concentration) et chez les plus exposés à l’endormissement (2,2/4 vs. 2,0/4 pour les conducteurs qui ne sont pas concernés).


« Parmi les recommandations qui peuvent être formulées à partir des enseignements de cette étude, figurent le développement d'actions de prévention, voire de formations, à destination des autres usagers de la route, pour les sensibiliser aux problématiques spécifiques rencontrées par les conducteurs de poids lourd (par exemple les angles morts), l'intégration dans l'ensemble des services qui leurs sont proposés de la diversité linguistique inhérente à leur métier, ou encore à l'installation à proximité des parkings qui leur sont réservés de dispositifs permettant des pratiquer des exercices physiques (agrès, parcours santé, ...) »

 

Patricia Delhomme, Direction de recherche au Laboratoire de
psychologie et d'ergonomie appliquées de l'Université Gustave Eiffel. 

 

 

Des professionnels conscients d’avoir une hygiène de vie perfectible …

De par la nature de leur métier, qui les amène à être le plus souvent hors de leur foyer et sur la route, les conducteurs de poids lourd ont, pour beaucoup, des difficultés à avoir une alimentation équilibrée et à pratiquer une activité sportive régulière. Ils sont ainsi 73% à être en surcharge pondérale (surpoids ou obésité selon l’indice de masse corporelle - IMC) et cette proportion est partagée par l’ensemble des nationalités. 1 conducteur de poids lourd sur 4 (25%) présente un indice de masse corporelle normal. La répartition par âge fait apparaître que les 18-24 ans sont majoritairement de poids normal (50%) ou en surpoids (28%), que les 25-54 ans sont majoritairement en surpoids (45%) ou de poids normal (30%) et que les 55-64 ans sont très touchés par le surpoids (55%) et l’obésité (33%).

Interrogés sur la qualité de leur alimentation, les conducteurs de poids lourd sont partagés : 33% la jugent équilibrée, 33% la considèrent déséquilibrée et 34% ne savent pas la qualifier.

Moins d’un tiers des conducteurs de poids lourd (29%) déclarent pratiquer une activité sportive, et celle-ci est très liée à l’âge et décroit fortement à partir de 25 ans. Ainsi 61% des 18-24 font du sport, alors qu’à partir de 25 ans la moyenne se situe, selon les catégories d’âge, entre 23 % et 33%. Cette pratique a un effet direct sur l’indice de masse corporelle : les conducteurs les plus sportifs sont ceux qui ont le plus souvent un indice de masse corporelle normal.

La consommation de tabac des conducteurs de poids lourd est en moyenne de 38% avec des disparités selon les pays : 40% pour les Français soit plus de 10 points par rapport à l’ensemble des hommes fumeurs en France [4], mais 56% pour les Bulgares et 21% pour les Polonais. Les 25-34 ans sont ceux qui consomment le plus de tabac (49%). Les 18-24 ans sont ceux qui en consomment le moins (22%). Entre 35 et 64 ans la prévalence tabagique s’infléchit avec l’avancée en âge. Les fumeurs quotidiens consomment en moyenne 18,8 cigarettes par jour (vs. 14,1 cigarettes par jour dans la population générale en Europe[5]).

Interrogés sur leur consommation d’alcool, seul 6 conducteurs de poids lourd sur 10 ont répondu aux questions sur ce sujet. Malgré la garantie de l’anonymat exprimée par les enquêteurs, il est probable que le caractère potentiellement préjudiciable des réponses soit apparu comme un frein. Cependant, sur cet échantillon, 8% des répondants sont des consommateurs quotidiens à comparer à 15% de la population masculine française[6].

La consommation déclarée de produits psycho-actifs reste très limitée. Elle concerne 2% des conducteurs.

 

… et demandeurs d’accompagnement pour améliorer leur santé et leur sécurité

Face à ces constats et ces déclarations, les conducteurs de poids lourd sont nombreux à être intéressés par des conseils de prévention ou des propositions d’accompagnement.

Ainsi parmi les conducteurs en surpoids ou obèses : 36% des conducteurs de poids lourd sont intéressés par une aide pour perdre du poids (27% des conducteurs français).

En ce qui concerne l’aide au sevrage tabagique, 75% des conducteurs fumeurs souhaiteraient pouvoir en bénéficier (63% des conducteurs français soit 8 points de plus que la population générale).

 

« Ce travail inédit met en avant un certain nombre de constats sur la santé des conducteurs de poids lourd comme une consommation de tabac et une surcharge pondérale supérieure à ce qui est observé dans la population générale. Ces résultats spécifiques doivent permettre de développer des moyens de prévention adaptés. »

 

Loïc Josseran, Professeur de santé publique

Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines,
Hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP)

 



[1] La sécurité routière en France - Bilan de l’accidentalité de l’année 2019 - ONISR

[2] Baromètre de la conduite responsable IPSOS pour la Fondation VINCI Autoroutes – 2021 [avec un lien actif vers le CP],

[3] Une variable « déficit de l’attention » sur une échelle de 1 à 6 et une variable « risque de s’assoupir » sur une échelle de 1 à 4 ont été établies en regroupant plusieurs items du questionnaire caractéristiques de ce chacune de ces variables.

[4] Baromètre de Santé Publique France - 2018

[5] Eurostat 2017

[6] Baromètre de Santé Publique France - 2018

 

 

En savoir plus : lire le communiqué de presse 

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